
Le bloc du Taillefer entre,
à gauche séparé par l'accident médian, le bloc de la Mure
et à droite séparé par
la faille d'Ornon, le bloc du Rochail (ou des grandes Rousses)
La distension, évoquée à la page précédente à propos du volcanisme triasique, continue, la croûte continentale
fragile va être découpée par de grandes failles en blocs qui vont pivoter sur la croûte inférieure plastique.
C'est ce que l'on appelle le rifting.
L'accident médian va rejouer et constituer une de ces grandes failles, va recouper ce qui sera la Matheysine
en deux blocs, le bloc La Mure et le bloc Taillefer.
Le sommet du bloc La Mure va rester pendant tout le Lias (200 à 175 millions d'années) un haut fond, à
10/50 m sous l'eau alors qu'à côté va se créer une fosse de profondeur 1000 à 2500 m. Les sédimentations
de part et d'autre sont très différentes

Coupe à travers l'océan Liguro-Piémontais et ses marges continentales Européenne et Africaine, avant sa
refermeture, il y a environ 100 millions d'années.
Nous sommes dans le domaine dauphinois, coupe ci-dessous

Coupe des blocs du Dauphinois pendant l'expansion océanique.
Ces blocs qui ont basculé durant le rifting, sont devenus passifs dès l'ouverture océanique.
L'accident médian de Belledonne sépare le bloc La Mure du bloc Taillefer
La faille du Col d'Ornon sépare le bloc Taillefer du bloc Rochail (Grandes Rousses)
La faille du Chambon (col de la Muzelle) sépare le bloc Rochail du bloc Mont de Lans.

Schéma qui montre la réutilisation de l'accident médian de Belledonne dans le découpage
des blocs et les différentes sédimentations au cours du Jurassique inférieur
Laffrey et la partie ouest de la Matheysine sur le sommet du bloc La Mure
Haut fond pendant tout le Lias, 10 à 50 m
Sédimentation identique pendant toute cette période, un calcaire pur constitué des morceaux des organismes
vivants dans ce milieu : crinoïdes, belemnites, ammonites, gryphées...
La partie est se trouve dans la zone profonde
Bassin profond, 1000 à 2500 m
La sédimentation provient de la production du bassin et surtout des apports de calcaire et d'argile venant des
plates-formes en bordure, notamment celle du Jura. Dépôts plus calcaires de l'hettangien au Carixien (Lias calcaire)
puis de plus argileux à très argileux ensuite. A noter aussi l'influence de la profondeur qui s'accentue du fait
du basculement.
A 175 millions d'années, à la fin du Toarcien, l'ensemble des deux blocs s'enfonce, La sédimentation devient la même
sur les deux parties.
Pendant le Dogger, il va y avoir déchirure de la croûte continentale et création d'un océan plus loin à l'est.
Les blocs vont rester figés pendant une centaine de millions d'années pendant l'extension de l'océan, sa
disparition du fait de la subduction. Ils vont s'enfoncer sous le poids de la sédimentation du Jurassique et du Crétacé.
Nous en reparlerons lors de l'orogenèse alpine.
Calcaire à entroques : débris de tiges ou de bras de crinoïdes, animaux à tests calcaires ressemblant à une plante,
"Lis de mer" fixé au fond marin. Ciment constitué de cristaux de calcite (sparite).
On le retrouve sur toute la partie ouest du plateau, de Laffrey
à Cognet, en bancs décimétriques ou pluridécimétriques
jointifs, épais de 10 à 60 m. Il s'est déposé pendant 25 millions d'années, il a des variations de faciès dus à des variations
du niveau marin. Par exemple des niveaux plus fins ou des niveaux plus siliceux avec présence de silex en rognons ou
en lits continus (un bel exemple page Siéroux). Ce qui a fait penser autrefois que l'on avait affaire à des calcaires
différents, d'où des appellations diverses: pierres de Versenat, de Laffrey, marbre gris de Peychagnard (très prisé pour les
cheminées et en ébénisterie pour les dessus de meubles).

Calcaire finement grenu contrairement aux calcaires à pâte fine du Lias
Nous allons souvent rencontrer le calcaire de Laffrey puisqu'il affleure sur une grande partie de l'ouest du plateau, alors que le carbonifère n'est que localement porté en surface. Nous en parlerons aussi souvent car il a été largement utilisé dans presque tous les bâtiments ou constructions.
Pour ceux qui veulent en savoir plus :
- page Matheysine de Geol-Alp
- M. Lemoine, P-Ch. de Graciansky, P. Tricart 2000. De l'océan à la chaîne de montagnes, tectonique de plaques
dans les Alpes. Coll. Géosciences, Soc.géol. de France et Gordon et Breach Sc. publ., 207 p.
- On a découvert dans le calcaire de Laffrey
une espèce nouvelle d'ammonite : rapport de J.-L. Dommergues de l'Université de Bourgogne